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Un ancien étudiant lauréat du prix photo du jeu de paume - 21 décembre 2007
Par Muriel Denet,
Les Prix Photo du Jeu de Paume, décernés pour la première fois en 2006, ont vocation à promouvoir la création photographique, sous toutes ses formes, et dans tous les genres. Pour preuve, parmi les 15 nominés, figuraient des photographes de mode, de reportage, des documentaristes ou des photographes artistes. Les deux lauréats, l’un élu par un jury de professionnels, l’autre par le public, exposent à l’Hôtel Sully.
Le Prix du Jury a été décerné à Jean-Christian Bourcart, membre de l’agence Rapho, pour son travail personnel qui, selon le photographe, est habité d’une tension ambivalente entre «le désir de voir et le plaisir à voiler».
Les dispositifs de Jean-Christian Bourcart évoquent toujours, en effet, une posture voyeuriste, «un petit trou bien calculé». L’appareil est caché sous le manteau, dans les clubs échangistes de Paris ou les bordels de Francfort, muni d’un puissant téléobjectif à un carrefour new-yorkais pour capturer l’abandon des automobilistes prisonniers de leur véhicule, ou se tapit dans l’obscurité d’une salle de cinéma.
À chaque fois, une forme de prise de risque pour le photographe, celle de se retrouver lui-même à découvert, pour des images qui, au bout du compte, ne dévoilent que très peu. Fragmentation, flou, évanescence, l’image fait écran plus qu’elle ne montre. Poussières, rayures, superpositions produisent des textures opaques qui occultent l’objet du désir.
Du coup, le renversement paraît radical dans la série Collateral, et les vidéos Rapture et It’s Today. Bourcart projette dans le réel, en l’occurrence la ville de New York, où il réside, le paysage et les intérieurs américains, des images, ou des évocations d’images, de victimes de la guerre d’Irak. Il s’agit cette fois d’imposer au regard une réalité dérangeante et refoulée, qui ne circule que dans l’ombre de la Toile.
Mais ce désir de provoquer, ou d’attiser la pulsion scopique, de pointer l’invisibilité sous l’indifférence du visible, reste suspendu. Comme si toutes ces images, à la séduction immédiate, collaient trop à leur impuissance.