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Clément
Marion

Photographe
promo 2020

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Diplômé en 2020, Clément Marion nous parle de lui et de sa série sur les grands brûlés qu’il a réalisée pour le Grand Prix ETPA. Intitulé Phoenix, ce travail d'étudiant s'est mué en une incroyable aventure qui l'a fait connaître en France et même au-delà !

Phoenix

(Vous pouvez également retrouver Clément Marion dans le podcast Paroles d'Images, réalisé par Raphaël Bourda.)

Avant la photographie

Cet auto-entrepreneur et photographe artiste de 24 ans a passé son enfance dans la commune de Barjols, dans le Var. N’étant pas issu d’une famille d’artistes, il découvre la photographie par hasard, à 10 ans, lorsque son père offre un appareil photo à sa petite sœur.

"C’était un tout petit appareil photo compact, tout juste bon pour faire des photos de vacances. C’est moi qui ai squatté l’appareil photo et j’ai fini par en demander un."

Durant le lycée, Clément Marion aime la photo, mais ne veut pas considérer cet art comme un travail, car dans ses yeux de lycéens, le travail implique forcément quelque chose de désagréable.

Après son baccalauréat, il suit un BTS des Techniques et Physiques de l’Industrie et de Laboratoire. C’est à l’issu de cette formation que Clément comprend qu’il veut apprendre la photographie.

"Si, si, on va faire de la photographie !"

Au lycée, Clément Marion rencontre Lilian Aoust (ancien étudiant de la même promotion) et devient ami avec lui grâce à leur passion commune pour la photographie. C’est donc ensemble qu’ils décident de partir de Barjols pour s’inscrire dans une école de photographie. Ensemble, ils suivront la formation de Praticien Photographe, de la 1ère à la 3ème année, à l’ETPA de Toulouse.

À propos de sa formation de praticien

Qu’est-ce que l’enseignement et les professeurs t’ont apporté ?

"L’ETPA m’a surtout apporté deux choses :

D'abord, on dit souvent qu’il n’y a pas besoin de faire d’école pour devenir photographe. Il est vrai qu’il y a l’autodidacte et je connais des photographes autodidactes qui font des choses géniales. Mais l’école a l’avantage d’aller droit au but dans l’apprentissage. Tu n’as pas besoin de passer des mois à apprendre quelque chose ou à essayer de comprendre comment cela fonctionne.

Ensuite, l’école m’a permis d’avoir accès à l’argentique. La 1ère fois que j’ai développé une pellicule, c’était à l’ETPA. J’ai trouvé génial de pouvoir me dire qu’il était encore possible d’avoir des pellicules et de les développer soi-même. Au-delà de l’apprentissage, c’était presque une chose psychologique. C’est possible, ça peut se faire.

Pour ce qui est de mes professeurs, je pense que chacun d’eux étaient singuliers pour ce qu’ils étaient et je trouve que c’est une force de la formation, de la 1ère à la dernière année.

Je retiens toutefois l’intervenant qui m’a fait découvrir la technique du développement au collodion humide : Israel Ariño. Pour moi, c’est un peu la quintessence de la photographie alternative.

La technique alternative est compliquée et chère, mais grâce à l’école, j’ai pu avoir le matériel et les commandes de chimie nécessaires pour pouvoir réaliser cela lors de ma 3ème année de formation.

La photographie alternative est une nouvelle manière d’appréhender la photographie. Par conséquent, il faut changer sa manière de travailler, y compris dans le matos. Tout cela est cher et prend du temps.

Or, avec la 3ème année, c’était le meilleur moment pour prendre cela en main. Je disposais d’une année entière pour le faire et me consacrer à cela. Donc je savais que ce serait le meilleur moment pour démarrer le collodion.

Mon responsable de 3ème année a été un amour, extrêmement dévoué à nos projets. Il m’a beaucoup aidé et soutenu. C’était agréable et c’est ce qu’il m’a apporté de plus important, au-delà de tout. La connaissance on peut l’avoir ailleurs, l’apprendre, l’appréhender par soi-même, mais le soutien était super important !"

À quel moment de ta formation à l’ETPA t’es-tu spécialisé dans la photographie argentique ?

"Dès la première année. C’est là que j’ai développé la 1ère pellicule. À partir de ce moment-là, je ne travaillais en numérique que si les projets d’école me l’imposaient."

Y avait-il une matière que tu appréciais particulièrement ?

"Il y a trois matières que j’appréciais un peu plus que les autres. Evidemment il y avait les cours de labo noir et blanc, mais aussi les cours d’histoire de l’art et ceux de prise de vue."

Son parcours après l'école

Peux-tu nous parler de ta série Phoenix, que tu as présentée au Grand Prix Photo en 2020 et qui t’a valu le Prix Spécial du jury ?

"C’est une série de photos de portraits au collodion humide, de grands brûlés. Le but de cette série était de montrer des corps cicatrisés, tels qu’ils étaient, afin de sensibiliser l’œil de tout un chacun à la brûlure. En tant que grand brûlé, ce qui peut faire le plus mal dans le temps, c’est le fait d’être ramené continuellement à sa condition de grand brûlé à travers le regard des gens. Des regards de curiosité, de peur ou parfois de dégoût.

Ma 1ère pensée a été que les grands brûlés se cachent. Ils ne se montrent pas énormément en public, ils couvrent leurs corps de plusieurs couches de vêtements. Ils ont d’ailleurs été très nombreux à me dire qu’ils avaient mis des années avant de sortir en jupe ou avant de remettre des manches courtes. Je voulais contrecarrer cela en exposant leurs corps dans le plus simple apparat la nudité pure. Ça c’est le but de la série.

Après, il s’est trouvé que cela s’est imposé en collodion humide parce que c’était une technique que je voulais travailler depuis mon workshop en 1ère année à l’ETPA, avec Israel Ariño. De plus, j’ai découvert que les deux composants principaux du collodion humide (le nitrate d’argent et le collodion) étaient également utilisés en médecine, pour aider à la cicatrisation des grands brulés.

Le nitrate d’argent permet de rebrûler une cicatrice qui a mal cicatrisé afin de guider une nouvelle cicatrisation de la peau, et d’éviter les brides. Pour le collodion, j’avais déjà entendu parler de son utilité en médecine précaire, pour resserrer les plaies et faire de la suture.

En commençant ce projet, je ne savais pas que le procédé du collodion humide était aussi orienté sur la cicatrisation et sur la médecine. C’est l’une des grands brûlés que j’ai photographiés, en lui montrant le procédé, qui m’a dit que le nitrate d’argent ne lui était pas inconnu. Puis en me renseignant, je me suis rendu compte que c’était effectivement utilisé en médecine et sur les grands brulés.

Ce qui m’a le plus bouleversé en faisant cette série, ce sont les témoignages de violence. Dans ces cas-là, les cicatrices ne sont pas dues à une maladie, mais à des agressions. Et c’est l’aspect agression criminelle et volontaire qui m’a le plus ému. Comment est-ce possible d’en arriver là ?

La pensée initiative de ce projet n’était pas forcément dû au fait que j’avais un grand brûlé dans mon village lorsque j’étais enfant. La 1ère fois que j’ai vu le visage d’une personne brulée, cela était aussi de l’ordre du criminel. En fait cela m’est venu d’une agression à l’acide sur les femmes, en Afghanistan. L’agression était d’autant plus dure que c’était une chose à laquelle je n’avais pas été en contact avant. Avec ces gens j’ai pu en discuter et c’était extrêmement dur.

Définitivement, je dirais que ce qui m’a le plus bouleversé sur ce travail, ce sont les cicatrices issues d’agressions."

Peux-tu me dire quelques mots sur l’aventure du livre qui en est sorti ?

"Après l’ETPA, j’ai voulu monter un crowdfunding pour pouvoir m’équiper avec des lights et continuer mon sujet sur les grands brulés. Or, juste avant la mise en ligne de la cagnotte, j’ai été recontacté par Clélia, l’une de mes modèles sur la série, car elle voulait faire un livre et souhaitait lier cela aux photos que j’avais prises. J’ai donc complètement oublié mon idée de faire le crowdfunding pour du matériel et dans un élan commun on s’est dit : « on va faire un livre !».

Je pense que dans la vie d’un photographe, le livre est un point clef. Il y a forcément un moment où on en vient à faire un bouquin, avec une série un peu construite. En tout cas, pour moi, c’était vraiment l’un des objectifs de ma checklist.

Du coup lorsqu’elle m’a proposé cela, j’étais à fond ! Le crowdfunding a duré 4 mois et on a largement dépassé nos attentes. On avait demandé 500€ et on a obtenu 2500€.

À la base je ne pensais pas faire un véritable livre. Nous pensions que la cagnotte du crowdfunding nous permettraient uniquement de réaliser un petit recueil. Mais au vu des gains de la campagne et de l’engouement qu’a suscité ce projet, nous avons pu réaliser un livre. Et sur les conseils de l’un de mes professeurs de l’ETPA, nous avons fait imprimer cela à Escourbiac, une imprimerie locale de qualité."

Quelle est la prochaine étape de Phoenix ?

"En septembre 2021, Phoenix sera exposé au festival Manifesto. Après cela, l’exposition ira dans un musée de Seine et Marne qui vient de me l’acheter. Cela se présentera sous la forme d’une exposition itinérante, en Seine et Marne ainsi que sur Paris.

Clélia et moi sommes également en contact avec de nombreux hôpitaux, pour le livre Brûlés, recueil photographique. Notre but étant que les pensées optimistes présentes dans ce livre puissent aider des gens dans leur travail de reconstruction personnelle, après un accident. Nous avons d’ailleurs essayé de garder cela assez ouvert pour que chacun puisse y trouver son propre chemin de reconstruction.

Nous avons envoyé gratuitement le livre à une 50ène d’hôpitaux, avec une petite lettre pour expliquer qu’il était disponible et que cela pouvait servir de support à l’aide psychologique des accidentés. Durant notre campagne de crowdfunding, l’un de nos objectifs était justement de nous engager à l’envoyer gratuitement dans les hôpitaux.

La prochaine étape de Phoenix et du livre serait peut-être de pouvoir faire des conférences permettant de parler de la thérapie par la photographie. On reçoit beaucoup de messages de témoignages lors des commandes des livres, c’est très touchant."

Quels conseils donnerais-tu à nos étudiants en 3ème année d’Approfondissement Photographique ?

"Je leur recommande d’y aller à fond car cela ne dure qu’une année et ça passe vite ! Il faut vraiment profiter de tout ce que cette année peut nous apporter, de tout ce que l’école nous offre. Que cela soit en termes de contacts ou de relations. Cette 3ème année de formation nous permet de s’ouvrir au monde et de comprendre que chacune de nos rencontres est une opportunité vers l’avenir."

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(Crédits photo portrait : Yann Rabanier)