Le 19 décembre 2025, les étudiants en formation Praticien Photographique en première et deuxième année mais aussi aux étudiants en année d’Approfondissement photographique ont assisté à la conférence de l’artiste-photographe Bertrand Stofleth. Son intervention s’est articulée autour de sa pratique centrée sur le paysage à la chambre photographique : retours d’expérience, méthodologie de production et décryptage de commandes publiques récentes.
Une conférence ancrée dans la pratique
Ce 19 décembre, Stofleth n’a pas fait que montrer des images : il a raconté le cheminement complet d’un projet photographique. Il a exposé aux étudiants les différentes étapes entre écriture du projet, recherche de financements, réalisation sur le terrain, production, tirage et édition, en s’appuyant sur des exemples concrets. Parmi eux, sa récente commande concernant les chemins de Saint-Jacques (pour leur dossier de classement à l’UNESCO) a servi de fil rouge pour expliquer comment une commande publique structure une démarche documentaire.
L’intervention, à la fois technique et conceptuelle, a permis aux futurs photographes de comprendre la logique de précision et de production (de la prise de vue à l’objet livre) pour qui veut travailler en commande ou voir ses œuvres intégrées dans des collections.
Parmi les projets présentés, Observatoire du paysage (réalisé à Marseille) a occupé une place centrale. Stofleth a détaillé les modalités de réalisation de cet observatoire (protocole de prises de vue à la chambre, choix des points de vue, temporalité du projet) et a souligné l’importance de documenter les « lieux intermédiaires » : rives, abords de métropoles, chemins de randonnée. Ces lieux, souvent négligés, deviennent sous son regard des terrains d’observation des usages et des représentations collectives.
En expliquant la genèse d’Observatoire du paysage, il a aussi partagé des considérations concrètes sur la production (tirages destinés aux institutions, édition, constitution de dossiers de demande de soutien) : des informations précieuses pour des étudiants visant des parcours professionnels mêlant création et appels à projets.
Un parcours documentaire lié aux enjeux contemporains
Né en 1978, Bertrand Stofleth s’inscrit dans une photographie documentaire à la croisée des recherches plastiques, des collaborations et de l’écriture. Ses séries interrogent les modes d’habitation des territoires et les infrastructures de la modernité : on pense à Rhodanie (rives d’un fleuve, 2015), Paysages Usagés OPP-GR2013 (2012–2022), Transplantations et Déplacements, ainsi qu’à des travaux en cours comme Aéropolis ou La Vallée (avec Nicolas Giraud). Depuis 2018, son regard s’est également tourné vers les transformations liées aux enjeux climatiques et sociaux : Recoller la montagne (Alpes), Hyperlendemains (Grand Est), et le projet provisoirement intitulé Grand Littoral sur la façade atlantique.
Son travail a été soutenu par de nombreuses commandes publiques et résidences (CNAP, BnF Radioscopie, Ateliers Médicis, DRAC, etc.) et figure dans des collections publiques majeures (CNAP, BnF, FRAC PACA, CPG de Genève, Musées d’Arts de Sion et de Valence) ainsi que dans des collections privées en France et à l’étranger. Auteur de plusieurs ouvrages comme Paysages Usagés (Wild Project, 2013), Rhodanie (Actes Sud, 2015), La Vallée (Spector Books, 2022), il mène aussi des projets d’observatoire photographique du paysage en collaboration (notamment avec Geoffroy Mathieu) et intervient régulièrement en enseignement.
La venue de Bertrand Stofleth à l’ETPA aura été pour les étudiants une plongée concrète dans les réalités de la photographie de paysage contemporaine : une pratique où la qualité de l’image se conjugue à la maîtrise des processus de production, à la compréhension des commandes publiques et à une écriture photographique soucieuse des territoires.


Crédit photo @esther.favie
