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Le photographe et éditeur Elie Monferier est venu partager avec les étudiants de l’ETPA une master-class autour de deux axes complémentaires : son travail d’image et sa pratique de la fabrication du livre en tirage limité, vecteur de sens et prolongement critique de la photographie. Figure active de l’édition d’auteur, Elie Monferier a expliqué comment l’objet d’art transforme une suite d’images en récit, en dispositif critique et en œuvre autonome.

Conférence d’un constructeur de récits

La séance n’était pas une simple démonstration technique : Elie Monferier a présenté ses séries, détaillé ses choix d’editing et montré en quoi la construction d’une séquence dépend intimement du support final. Les étudiants ont pu suivre sa méthode, du tri initial au choix des formats, des papiers et des reliures, et comprendre pourquoi certaines images s’accordent dans un format de feuilletage et non sur un mur ou un écran. Dans la pratique de l’artiste, l’édition fabrique le sens, où la dialectique image et page produit une lecture singulière. Les échanges ont porté aussi bien sur les contraintes économiques de l’auto-édition que sur les stratégies pour limiter un tirage et en faire un objet désirable et critique.

Le livre photo comme « dispositif critique »

Invité à expliciter sa posture, Monferier a rappelé que son travail interroge des thèmes comme « la violence, le désir, le sacré, la dérive, la folie, la perte et l’oubli« , et qu’il utilise le livre comme dispositif à part entière. La salle a entendu des exemples précis : du maniement du blanc entre deux images à l’inscription typographique qui module la lecture, en passant par la fabrication artisanale (reliure à la main, éditions limitées) qui transforme le lecteur en lecteur-gardien d’un récit. Son parcours (plusieurs livres autoproduits, plusieurs distinctions internationales) illustre la pertinence de cette démarche qui combine exigence esthétique et autonomie éditoriale.

« Il y a dans le geste photographique quelque chose d’inachevé, d’insuffisant et d’incomplet… » explique t-il en mettant en lumière la raison d’être de son rapport au livre : ne pas conclure mais inscrire des tensions.

Transmission, échanges et exigences

Au-delà de la théorie, la conférence a offert des conseils concrets : quand s’adresser à un imprimeur ; comment calibrer un tirage; quelle place laisser à l’errance narrative ; comment positionner un livre autoproduit dans les circuits (salons, festivals, éditions collectives)… Plusieurs de ses ouvrages, notamment Champ de Bataille finaliste du Prix Henri Cartier-Bresson du livre de photographie autoédité en 2025, ont servi d’exemples tangibles.

« Dispositif critique à part entière, le livre constitue un outil central de recherche et de production du sens dans la fabrication des récits individuels et collectifs.  » explique t-il. Ces objets soignés, boîtiers, inserts typographiques, tirages limités prouvent que l’auto-édition peut atteindre un niveau de réalisation comparable aux éditions traditionnelles. Les étudiants ont quitté la salle avec une feuille de route pragmatique et une injonction claire : penser ses images jusqu’au format final. Dans un contexte où l’image circule massivement en ligne, la démarche de Monferier rappelle que la photographie conserve des zones d’autorité et d’intensité.