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Laurent Monlaü, voyageur « épicurieuxĀ Ā» et passionnĆ©, nous a fait le plaisir d’intervenir, pour la premiĆØre fois, Ć  l’ETPA de Toulouse. Amoureux de la gĆ©ographie et de l’Humain, il a projetĆ© son travail Ć  nos Ć©tudiants, Ć©talĆ© sur une quarantaine d’annĆ©es.

Ā 

Qu’êtes-vous venu aborder avec nos Ć©tudiants lors de votre intervention Ć  l’ETPA ?

« J’ai abordĆ© plusieurs thĆØmes, montrant une forme de diversitĆ©, tout en ayant un tronc commun et une unitĆ© Ć  travers cette diversitĆ© ; que cela soit Ć  travers le sujet ou le traitement.

J’ai montrĆ© aux Ć©tudiants de l’ETPA l’évolution d’une œuvre et d’une carriĆØre sur le long temps, avec l’importance de l’aspect humain que l’on rencontre dans l’expĆ©rience de la photographie.« 

Ā 

Selon vous, qu’est ce qui est fondamental lors de l’apprentissage de la photo ?

« Personnellement, j’ai surtout appris sur le tas, mais je pense qu’en photographie il est important de trouver son propre chemin.

Pour moi, le B.A BA c’est de regarder ce que les autres font et de s’affirmer par rapport Ć  cela. Il faut avoir des passions. En gĆ©nĆ©ral on ne retient pas ce que l’on n’aime pas. Pourtant on peut ĆŖtre envahi par ce que l’on n’aime pas, et cela nous construit aussi pour aller vers ce que l’on aime, vers ce que l’on est.

Je pense que la source de l’apprentissage c’est le questionnement critique constant. Que cela soit un questionnement sur soi, sur les autres ou sur le mĆ©dium.Ā 

AprĆØs il y a bien sĆ»r la technique qui est trĆØs importante dans l’apprentissage. MĆŖme les techniques les plus simples peuvent ĆŖtre compliquĆ©es car cela ne se rĆ©sume pas Ć  l’outillage ou Ć  l’appareillage.« 

Ā 

Quels conseils donneriez-vous aux Ʃtudiants en fin de cursus ?

« Pour moi il n’y a pas UN conseil Ć  donner car cela dĆ©pend de leur carriĆØre et de leurs volontĆ©s. Certains voudront peut-ĆŖtre faire du business et d’autres feront de la photographie avec une dĆ©marche plus personnelle et intime. Il n’y a pas de martingale, il faut le faire avec passion et amour.

Par contre, je leur conseillerais de profiter d’être ensemble car cela leur permet d’échanger des points de vue et de pouvoir expĆ©rimenter Ć  plusieurs. Je les encourage Ć  garder cette foi juvĆ©nile et ludique sur le mĆ©dium photographique.« 

Ā 

Quelle relation entretenez-vous avec la ville de Toulouse et sa rƩgion ?

« Je suis marseillais d’origine, et j’ai travaillĆ© durant toute ma carriĆØre Ć  Paris. Toutefois il est clair que Toulouse est un phare photographique originel et de ce fait j’ai croisĆ© Ć  Paris plusieurs les personnalitĆ©s de la photographie qui Ć©tĆ© toulousaines.

ƀ Paris, j’ai d’ailleurs suivi un stage chez Contrejour, dont le directeur Ć©tait Claude Nori. Et celui qui donnait les conseils de tirage Ć©tait Jean-Marc Bustamante, qui est toulousain Ć©galement.

Je ne pense pas que ma relation cette ville soit un hasard. Selon moi, il y a un lien qui s’est fait entre elle et moi. Et je pense que si j’avais dĆ» Ć©tudier la photographie, sans pouvoir me payer une Ć©cole amĆ©ricaine, j’aurais choisi l’ETPA.« 

Ā 

Quelles sont vos influences ?

« À l’origine, elles sont plutĆ“t amĆ©ricaines. Parce que les amĆ©ricains ont compris plus vite que d’autres la force de ce mĆ©dium.

Toute la tradition du paysage amĆ©ricain, de Wayne F. Miller Ć  Stephen Shore, ou encore Edward Sheriff Curtis, construit l’AmĆ©rique. Leurs travaux racontent l’histoire de l’AmĆ©rique en photos ; tout comme la conquĆŖte de l’Ouest s’est construite avec les rails et les trains. La photographie a conquis l’espace amĆ©ricain.« 

Ā 

Argentique ou numérique ?

« Pour moi ce sont deux process complĆØtement opposĆ©s. L’un implique de commencer par la fin et l’autre par le commencement.

Lorsque l’on travaille en argentique, on a notre sixiĆØme sens en Ć©veil car il s’agit de capter une scĆØne Ć  l’aveugle. On crĆ©e une image latente sur un film qui nĆ©cessitera un processus de chimie pour obtenir le rĆ©sultat. Et puis l’on sent si quelque chose s’est passĆ©e, si on a enregistrĆ© suffisamment de thĆØmes autour de la bonne image pour avoir ce que l’on veut.

ƀ l’inverse, en numĆ©rique, on ne rĆ©flĆ©chit plus l’image. On a de suite un rĆ©sultat qui demande ensuite d’être affinĆ© et valorisĆ©. Je ne pense pas que cela soit plus simple car lorsque l’on a maitrisĆ© l’argentique pendant 30 ans, passer au numĆ©rique peut ĆŖtre casse gueule.

Au dĆ©but le numĆ©rique ne me sĆ©duisait pas, et maintenant je m’y retrouve totalement. Je trouve que cela correspond trĆØs bien Ć  l’évolution de mon œuvre. La fougue branquignole de la jeunesse s’est transformĆ©e en une sorte de sagesse qui va vers l’épure, et le numĆ©rique est parfait pour cela.« 

Ā 

Vous travaillez principalement en couleur. Quel est votre rapport Ć  la couleur ?

« Le noir et blanc a longtemps Ć©tĆ© ma passion. Puis, je me suis posĆ©e la question de la couleur car je la trouvais injustement mĆ©prisĆ©e. ƀ l’époque il fallait faire du noir et blanc, respectueux, 30-40 et les photographes regardaient la couleur avec condescendance.

Or, les amĆ©ricains, ou mĆŖme les allemands, travaillaient la couleur. Du coup, j’y suis allĆ©e Ć  fond la caisseĀ et cela correspondait tout Ć  fait Ć  mon caractĆØre baroque.

La couleur a Ć©tĆ© un terrain de jeu alchimique, expĆ©rimental et joyeux, qui correspondait Ć  ce que je voulais vivre et expĆ©rimenter. Et puis c’était une provocation, car j’allais dans des sentiers qui n’étaient pas battus et qui Ć©taient mal considĆ©rĆ©s. ƀ ce moment-lĆ  de ma carriĆØre, j’en ai eu marre de faire du noir et blanc, et je me rends compte que la faƧon dont je travaillais la couleur correspondait Ć  une forme d’expression de mes sentiments. La couleur Ć©tait alors, plus en adĆ©quation avec mon caractĆØre, ma faƧon de voir le monde et de danser.« 

Ā 

J’ai l’impression que vos sĆ©ries sont souvent dans des pays en bord de mer ou d’ocĆ©an (Out of Blue, Eden, Cupa du Mundo). Une attirance particuliĆØre pour l’eau ou pour sa couleur ?

« Je pense que ce qui m’intĆ©ressait c’était la forme d’hĆ©donisme que l’eau provoque chez les gens qui y vivent au bord. C’était plus l’élĆ©ment de l’eau que sa couleur qui m’attirait. Car mĆŖme si j’ai beaucoup travaillĆ© sur le bleu, je pouvais le retrouver avec le ciel.

Et puis je suis marseillais, j’ai grandi au bord de la mer. Ƈa doit sĆ»rement rentrer en compte.« 

Ā 

Vos séries étant très portées sur les voyages, quel est votre rapport à ces derniers ?

« Mon rapport aux voyages vient peut-ĆŖtre de l’enfance et des cartes de gĆ©ographie. J’ai toujours adorĆ© les cartes de gĆ©ographie car pour moi c’était la base de toute Ć©vasion possible. Je pense d’ailleurs que la dĆ©couverte de la gĆ©ographie est la base du voyage et de l’histoire humaine. En commenƧant par connaĆ®treĀ la planĆØte, en s’y intĆ©ressant, on comprend le monde. L’idĆ©e du voyage c’est de comprendre le monde. La photo est faite pour comprendre le monde.« 

Ā 

Dans vos sujets, vous semblez toujours reprĆ©senter l’ensemble des classes sociales. C’est important pour vous de montrer tout le monde ?

« C’est un penchant naturel. Ma personnalitĆ© fait que j’ai toujours voulu Ć©voluer comme un poisson dans l’eau avec tout le monde. Je suis curieux de tout et de tout le monde ; et cela se reflĆØte dans mon travail.

Je peux travailler sur des classes sociales particuliĆØres, comme je l’ai fait Ć  Las Vegas avec les mormons. Mais lorsque j’aborde ces classes-lĆ , je ne rencontre pas juste des mormons. Je rencontre des humains, avec leur spĆ©cificitĆ© communautariste. Il y a, Ć  ce moment-lĆ , une sorte d’empathie que je ne traduis pas forcĆ©ment dans la photographie. J’essaie plutĆ“t de mettre dans mes photos, la finesse qui provoquera un questionnement. Je ne suis ni dans la caricature empathique, ni dans la caricature critique. Cela m’intĆ©resse de lier connaissance avec ces gens parce qu’il y a toujours quelque chose Ć  tirer d’une rencontre. On ne peut pas parler de gens que l’on n’a pas rencontrĆ© ; il faut aller au contact des gens.« 

Ā 

Quelles sont, selon vous, les qualitƩs essentielles pour faire de la photographie documentaire ?

« Être curieux, documentĆ© et intuitif. Je pense qu’il faut aussi savoir ĆŖtre patient et empathique.« 

Ā 

Un mot pour la fin ?

« En photographie, on fait la seule chose que l’on sait faire. On est bon qu’à Ƨa ! GrĆ¢ce Ć  la photographie on tisse des liens avec le monde et on essaie de mettre un petit peu de pensĆ©e, de questionnement et d’amour.« 

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Cette confĆ©rence s’intĆØgre dans le cycle « Les grands tĆ©moins de la photographieĀ Ā».

(Photo©Karen Biswell)