Résumer cet article avec :

Portraits d’adultes autistes entre intimité et affirmation de soi

Avec Sur la pointe des pieds, Noémie Lecampion s’attaque à un angle encore trop rarement montré : celui des adultes diagnostiqués avec un trouble du spectre de l’autisme (TSA). Loin des représentations réductrices qui associent encore trop souvent l’autisme à l’enfance ou à l’adolescence, la photographe propose une série documentaire qui remet au centre des parcours de vie singuliers, complexes et souvent invisibilisés.

Présentée à la Mairie du 10e arrondissement de Paris jusqu’au 20 août 2026, l’exposition s’annonce comme un temps fort sensible et nécessaire. Le vernissage aura lieu le vendredi 5 juin à 19h, au 72 rue du Faubourg Saint-Martin. Derrière ce rendez-vous culturel, c’est aussi une prise de position claire : faire exister, dans l’espace public, des personnes dont la réalité quotidienne demeure encore trop souvent méconnue, mal comprise ou caricaturée.

L’argentique comme outil de confiance

La force de cette série tient autant au sujet qu’au protocole de prise de vue. Noémie Lecampion choisit une photographie frontale, dépouillée de tout artifice, sans mise en scène. Les personnes photographiées ne sont pas captées comme des objets de regard : elles participent à l’image, la décident, la coécrivent. Grâce à l’usage de la poire de déclenchement, elles choisissent elles-mêmes l’instant où le portrait se fait. Le geste est fort : il ne s’agit plus seulement d’être photographié, mais de reprendre la maîtrise de sa propre représentation.

L’argentique, par sa lenteur, prolonge cette démarche. Il impose un autre rythme, plus attentif, plus respectueux, presque à contretemps d’une société de l’instantané. Cette temporalité permet l’émergence d’une relation de confiance entre la photographe et ses sujets. Les images donnent accès à des intérieurs, à des centres d’intérêt, à des habitudes, à des fragments d’intimité. Elles racontent moins une différence qu’une présence, moins une catégorie qu’une personne.

Un travail documentaire contre les clichés

Au-delà de la seule dimension artistique, Sur la pointe des pieds s’inscrit dans un enjeu social et politique majeur. En France, environ 700 000 personnes sont concernées par les TSA, et beaucoup restent encore non ou mal diagnostiquées. Le quotidien de ces personnes se heurte à des difficultés de communication, à des obstacles administratifs, scolaires, professionnels et parfois à une précarité durable. Le handicap, invisible, demeure trop fréquemment mal nommé, moqué ou minimisé.

Le travail de Noémie Lecampion entend déplacer le regard. Sa série interroge la place faite à celles et ceux que la société tend à effacer au nom de la différence. Elle a déjà été distinguée par une mention spéciale de la bourse photojournalisme Laurent Troude en 2026 et s’est imposée comme finaliste du Prix des Zooms du Salon de la Photo 2025. Plusieurs portraits ont également été réalisés dans le cadre de la résidence Banlieues Plurielles initiée par le collectif visuel Les Cousines.

Photographe auteure et documentaire basée à Paris, diplômée en design à l’Université Toulouse Jean Jaurès puis formée à l’ETPA, Noémie Lecampion poursuit une œuvre où l’image sert le réel sans jamais renoncer au sensible. Avec Sur la pointe des pieds, elle signe une série à la fois juste, pudique et engagée, qui rappelle qu’une photographie peut encore ouvrir un espace de reconnaissance, de dignité et de partage.

📍 Lieu : Mairie du 10e arrondissement de Paris – 72 rue du Faubourg Saint-Martin, 75010 Paris
📅 Dates : du 1er juin au 20 août 2026
🥂 Vernissage : vendredi 5 juin 2026 à partir de 19h
📸 Technique : photographie argentique et démarche participative
🏆 Distinctions : Mention spéciale Laurent Troude 2026 & finaliste Prix des Zooms 2025