Le 6 mai dernier, dans l’amphithéâtre de l’ETPA, Simon Edelstein a rencontré les étudiants en photographie pour un échange autour de sa pratique. L’occasion de revenir sur le parcours d’un photographe, cinéaste et chef opérateur suisse formé à l’école de Vevey, dont le nom s’inscrit aussi dans l’histoire du « Nouveau cinéma suisse », aux côtés de figures comme Michel Soutter, Claude Goretta et Alain Tanner.
Les cinémas oubliés comme patrimoine menacé
Pour Simon Edelstein, la photographie n’est pas un simple prolongement du cinéma : elle en devient une autre manière d’archiver le monde. Depuis le début des années 2000, il documente la disparition des anciennes salles obscures, un travail de longue haleine né d’un déclic face aux ruines de ces « palais du cinéma » observés aux États-Unis. Au fil de ses voyages, il a constitué une œuvre patiemment bâtie, entre expositions et publications, qui explore la beauté fragile des lieux délaissés.
Dans son approche, Edelstein ne se contente pas de photographier des bâtiments abandonnés : il interroge la disparition d’un patrimoine architectural et culturel. Son travail l’a mené dans plus de 30 pays, des États-Unis à l’Inde, du Maroc à Cuba, à la recherche de façades majestueuses, d’intérieurs réaffectés ou de salles condamnées à l’effacement. Le photographe évoque un regard d’alerte sur des lieux qui furent longtemps des points de rencontre, de circulation et de sociabilité. Il nourrit, au fil des clichés, sa réflexion sur la fragilité des salles obscures face aux mutations urbaines et économiques.
Une leçon de regard auprès des étudiants de l’ETPA
Cette rencontre à l’ETPA a pris la forme d’un échange autour de sa pratique photographique, mais aussi d’un partage d’expérience pour des étudiants confrontés à une question essentielle : comment construire un regard personnel sur le réel ? À travers son œuvre, Simon Edelstein rappelle qu’une photographie peut être à la fois document, mémoire et geste de résistance. Selon lui, il se doit de photographier ces lieux dans une démarche où l’image sert autant à conserver qu’à alerter.
Au-delà du sujet des cinémas, c’est donc une certaine idée de la photographie qui s’est transmise à l’ETPA : une pratique attentive aux traces, aux disparitions et aux formes que prend le temps dans les paysages humains. Une rencontre qui résonne comme un rappel discret mais puissant de ce que peut encore faire l’image lorsqu’elle choisit de regarder ce que le monde s’apprête à effacer.


