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Cloé
Harent

Photographe
promo 2019

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Cloé Harent, originaire de l’Aude, obtient son diplôme à l’ETPA en 2019. Cette année-là, elle remporte également le Prix Spécial du Jury, au Grand Prix ETPA. Enfant de danseurs classiques professionnels, Cloé a très vite compris que l’art serait SON moyen d’expression.

Voici le portrait d’une photographe auteure d’un grand talent, passionnée et investie :

Qu’est-ce qui t’a poussé à suivre une voie artistique ?

"Depuis l’enfance je baigne dans l’art, et ce malgré l’isolement géographique de la campagne dans laquelle j’ai grandi. C’est grâce à mes parents qui sont danseurs classique professionnels, car ils ont beaucoup voyagé dans le monde et ont une grande ouverture d’esprit. Du coup, ils m’ont transmis l’amour pour l’art, comme la danse, la musique, l’art plastique et le théâtre. Ce qui, très jeune, m’a donné envie de travailler avec l’image. L’art m’est apparu assez instinctivement comme un moyen d’expression et je ne me suis pas posée beaucoup de question à ce sujet. Je savais que c’était une voie qui me plairait. Lorsque j’étais au lycée, j’ai demandé à faire arts appliqués, puis j’ai fait des études de design à Nîmes. J’ai senti que c’était ce que j’aimais, mais ce qui est intéressant, avec du recul, c’est qu’à l’époque je n’arrivais pas à m’exprimer avec le dessin. Pour mieux exprimer ce que je voulais dire en design, je trichais en faisant des photos. Du coup, à la fin de mes deux années, j’ai dit à mon prof que je voulais partir faire de la photo."

Pourquoi avoir choisi d’intégrer la formation à l’ETPA ?

"J’avais regardé plusieurs écoles de photo et analysé leurs formations. La première fois que je suis allée à l’ETPA, c’était lors d’une Journée Portes Ouvertes. Je me souviens que la qualité des images dans les couloirs m’avait marquée. Et puis j’ai tout de suite aimé l’ambiance de cette école et le côté concret.

Etant donné que je ne souhaitais pas avoir de matières scientifiques, je savais que le BTS Photographie ne serait pas fait pour moi. J’ai donc choisi le cursus Praticien Photographe. Mon objectif, dès le début, c’était de devenir professionnel après mes études, du coup j’ai fait les deux années de Praticien Photographe, puis la Troisième Année d’Approfondissement Photographique. Je savais l’investissement financier que ça représentait donc je considérais que je ne pouvais pas me rater. J’ai tout fait pour m’investir à fond, pour être à la hauteur de l’engagement que ma famille avait fait pour m’offrir ces études.  C’était un leitmotiv assez fort.

Mes parents et mes grands-parents m’ont beaucoup soutenue et je les remercie mille fois."

Qu’est-ce que l’enseignement et les professeurs t’ont apporté ?

"Ce que j’ai beaucoup aimé c’est que chaque professeur apportait quelque chose qui nous permettait de comprendre le métier de photographe.  Avec Stephane Redon, j’aimais l’exigence dont il faisait preuve. Cela m’a fait comprendre que l’on n’était pas juste là pour faire des études, que c’était un milieu exigeant et qu’il fallait l’être soi-même si l’on souhaitait réussir. J’ai apprécié le fait qu’il nous fasse comprendre que l’on devrait beaucoup travailler pour y arriver. J’ai adoré la partie editing, avec Philippe Grollier. Ce cours a été une révélation pour moi car il m’a permis de comprendre la notion de série photographique. Avant, j’avais envie de faire des photos, juste comme cela, mais la notion de série, je l’ai comprise avec l’editing. Cela a été un moment clef. J’ai aussi beaucoup aimé la sémiologie, avec ce côté mental de la photo où l’on créé des sujets, où l’on réfléchit à ce que l’on a envie de dire. Enfin, j’ai adoré les cours de retouches, avec Franck Galy. J’ai pu découvrir l’exigence qu’il y a dans un tirage.

Pour moi il y a quelque chose d’assez complet dans cette formation ; et j’ai clairement observé mon évolution de la première à la dernière année. Au début, je voulais être photographe de théâtre, je voulais faire des photos, juste comme ça. Maintenant, je ne réfléchis plus du tout pareil. Et puis la notion d’auteur m’était inconnue."

A-t-il été facile pour toi d’intégrer le milieu de la photographie ?

"Quand je suis sortie de l’école j’en vivais presque, grâce au rythme de l’école et au réseau qu’on se fait sur Toulouse. Aujourd’hui c’est plus compliqué pour moi, entre la crise du COVID et mon déménagement à Paris, je repars quasiment à zéro. Mais ça commence à venir et à payer, j’ai beaucoup de choses qui arrive. Mon travail d’auteure a quand même payé depuis ma sortie de l’ETPA, notamment avec le prix que je viens de recevoir*. Mais le côté concret, de vivre de son métier, j’y travaille encore. Durant les périodes de confinement, j’avais beau appeler les entreprises, les gens ne voulaient pas investir dans la photo. La crise du COVID a eu un véritable impact sur le métier de photographe. Mais les choses reprennent et il ne faut pas lâcher."

*Prix ISEM Jeune Photographe 2021

Quel regard portes-tu sur ton parcours ?

"Je suis plutôt contente dans l’ensemble car j’ai eu la chance de vivre beaucoup de choses.

En 2018, j’ai pu participer au campus des Promenades Photographiques de Vendôme, ce qui m’a donné une première vision concrète de la notion de résidence.

En 2019, j’ai également fait une résidence un peu plus officielle à 1+2 Factory. La même année, j’ai eu une publication dans la Revue Gibraltar, pour mon projet "Poussières de mémoires", mais également un portfolio de ma série "Presque trop tard", dans le magazine L'œil de la Photographie.

En 2020, j’ai pu faire plusieurs expositions de ma série "Le Temps d’Une Pause". L’une au Off des Promenades Photographiques de Vendôme, et l’autre au Festival Phémina à Fontainebleau.

À côté de tout cela, je travaille depuis 4 ans pour Christophe Brachet, photographe officiel du Festival du Film Francophone d’Angoulême. Je suis son assistante sur le Festival, c’est assez valorisant. Il m’a pris en stage dès ma deuxième année de formation Praticien Photographe. J’étais son assistante, alors que je n’avais qu’une année de photo à l’école derrière moi. Il m’a mis direct dans le bain, j’avais une responsabilité énorme. Je devais gérer son editing, la retouche, la publication en live tout le temps (on faisait du 07h-02h du matin non-stop, pendant une semaine). Je faisais aussi de la photo, je couvrais des photo-call et des reportages dans les salles de cinéma. Avant d’intégrer l’ETPA, je voulais déjà faire de la photographie de plateau, c’est pour cela que j’avais contacté Christophe Brachet pour faire mon stage. Un an après, il m’a contacté pour me dire qu’il acceptait de me prendre en stage. Je me souviens, j’étais chez moi, à la campagne et du jour au lendemain il me dit : « lundi ça te dit de venir m’assister sur le festival ? ». Travailler avec lui m’a donné l’espoir de réussir dans la photographie de plateau. Il me donne des tuyaux et des opportunités pour essayer de toucher ce rêve-là.

Lorsque j’ai assisté au workshop de Yann Rabanier, en Troisième Année d’Approfondissement Photographique, j’ai compris tout le travail nécessaire pour faire un bon portrait de presse. Ça m’a ouvert les yeux sur ce travail et c’était complémentaire d’avec le travail de Christophe Brachet. Ces deux photographes m’ont également appris à ne pas être stressée face à des personnes connues. Lorsque l’on photographie des célébrités, il ne faut pas montrer que l’on est intimidé, sinon cela nous met au rang de fan et non de professionnel. Je constate souvent ce problème avec certains jeunes photographes qui demandent à faire des selfies avec des personnalités. Grâce au Festival du Film Francophone d’Angoulême j’ai pu observer comment Christophe abordait ces personnes, et dès l’âge de 19 ans j’ai compris qu’il fallait les considérer comme des personnes normales, qu’il fallait leur parler normalement, sans les mettre sur un piédestal.

Grâce au Prix ISEM Jeune Photographe 2021, j’ai été contactée par la chaîne de télévision ARTE qui souhaite faire un reportage sur mon travail photographique dans les fermes (série "Le Temps d’Une Pause"). Je suis également en train de travailler sur une future résidence à l’IPP (Institut Pyrénéen de la Photographie). Je dois cette opportunité à mon ancien professeur de l’ETPA, Philippe Grollier. C’est un cadeau incroyable qu’il me fait en m’acceptant dans cette résidence.

Je suis contente de mon parcours, à seulement 23 ans et deux ans après ma sortie de l’ETPA, notamment avec mon travail d’auteure."

Son site

Justement, peux-tu nous dire quelques mots sur ta série "Le temps d'une pause" et sur tes sentiments suite à l'obtention du Prix ISEM Jeune Photographe 2021 ?

"J’ai été amenée à penser ce projet grâce à ma grand-mère, durant ma troisième année d’Approfondissement Photographique, à l’ETPA. Elle a été maraichère bio, dans les plantes médicinales et elle m’a beaucoup parlé de cela. Elle me parlait aussi souvent de l’époque où elle vivait dans une ferme, sans eau courante, ni électricité. C’est son témoignage qui a fait germer ce projet. Mais au-delà de ma famille, le monde agricole est un univers qui m’a toujours beaucoup parlé, et l’écologie est un sujet qui a une grande importance pour moi.  C’est pour toutes ces raisons que j’ai eu envie de mettre en lumière les gens qui sont déjà dans le concret de l’agriculture écologique. Je ne voulais pas mettre en lumière les gens qui habitent à Paris et qui font des manifestations pour défendre l’écologie ; je souhaitais montrer des actes concrets, montrer comment il est possible de rentrer dans ce mouvement, de modifier son quotidien et son mode de vie. J’ai du mal à m’exprimer sur ce sujet car c’est quelque chose de très viscéral pour moi et qui est encore en construction dans mon esprit. Quand je fais ce sujet, je suis obligée d’être wwoofeuse, je pars à la rencontre d’un agriculteur et je travaille la terre avec lui. Ce travail c’est d’abord une curiosité de la terre, de comment l’on peut vivre avec sa propre production de légumes, de fromages, de céréales. C’est comprendre comment il est possible de vivre en autonomie. Quand j’étais à l’école mon travail ne portait que sur une seule ferme, mais petit à petit je me suis dis que je n’avais pas envie de terminer ce sujet, j’ai eu envie de l’agrandir et de montrer plus de contexte.

Ce prix m’a donné beaucoup d’énergie. Il me conforte dans l’idée que je dois absolument le faire, pour être à la hauteur de ce prix. Je veux donner un portrait global de ce mouvement en France. L'objectif serait d’aller dans 20 ou 30 fermes, dans tout le pays."

Quelle serait, pour toi, la consécration de cette série, si un jour tu arrives à la sentir aboutie et terminée ?

"J’aimerais en faire un livre. Cette inspiration me vient d’Antoine Bruy, qui a réalisé un livre que je trouve magnifique. Ça m’inspire énormément. Pour moi ça serait la consécration et la finalité de cette série. J’aimerais la concrétiser en quelque chose de matériel."

Peux-tu nous dire quelques mots sur le Collectif Delta, projet que tu as mis en place avec les anciens élèves du campus international de Vendôme et le festival des Promenades Photographique ?

"Le Collectif Delta est composé de 8 jeunes photographes tous anciens étudiants, dont je fais partie. Ce collectif aspire à mettre en lumière cette nouvelle génération de professionnels de l’image et à les inscrire dans le paysage culturel actuel. Les exposants, ainsi que l’équipe organisationnelle du collectif sont tous issus d’écoles reconnues : EMI (Paris), ETPA (Toulouse), la Sorbonne (Paris), Les Gobelins (Paris) et Agnès Varda (Bruxelles).

Cela a débuté en 2020. Malgré les difficultés liées à la crise sanitaire, d’anciens participants du campus international des Promenades Photographiques de Vendôme, dont moi-même, avons proposé une exposition "OFF" au Festival. Accueillis dans les anciennes écuries de la cavalerie de Vendôme, un peu plus de 30 jeunes photographes, tous issus du campus, ont été exposés aux vues d’un public de plus de 5000 visiteurs. À la suite du succès de la première édition, la direction des Promenades Photographiques a invité le Collectif Delta dans sa programmation officielle.

Cette année, après un appel à projet au sein du réseau des membres du campus, le jury alors composé d'une partie du collectif, a sélectionné le travail de 7 photographes, dont deux anciennes étudiantes de l’ETPA : Pauline Thollet et Pauline Dupin.

Cette exposition habille l’historique chapelle Saint-Jacques de Vendôme, située en plein cœur de la ville, étape incontournable du circuit des Promenades Photographiques."

Quels conseils donnerais-tu à nos étudiants ?

"Ce que j’ai vraiment appliqué personnellement c’est de ne pas considérer ces études seulement comme des études, mais de s’impliquer suffisamment pour sortir de là avec un vrai profil professionnel. Essayer de tout faire pour comprendre le milieu. Il faut anticiper la réalité du métier et profiter au maximum des professeurs pour poser des questions et comprendre le métier de photographe. Ne jamais lâcher, douter mais toujours oser. Il ne faut pas hésiter à contacter le studio ou le photographe avec qui l’on rêve de travailler. Même si on le fait et que ça ne marche pas, notre nom apparait quelque part et un jour la personne se souviendra de nous."

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(Crédit photo portrait de Cloé Harent: Dominika Troicka)