Note d’intention
En octobre 2024, dans un grenier de la province de Valence, en vidant la maison d’un parent éloigné, je tombe sur une valise ancienne. À l’intérieur, des négatifs enroulés dans du papier journal, un carnet à la couverture usée, et quelques tirages argentiques annotés à la main. Ces objets appartenaient à Ana Torres Llorens, témoin d’un épisode méconnu de l’histoire : l’évacuation des œuvres du musée du Prado à travers les Pyrénées en février 1939, à l’approche des troupes franquistes. Ana était photographe, militante anarchiste. Elle a suivi les derniers convois républicains à travers la Catalogne, jusqu’à la frontière. Ce qu’elle a photographié n’a jamais été publié. Je travaille aujourd’hui à faire émerger sa voix, ses images, à faire circuler cette mémoire effacée. C’est une enquête, un hommage, une fiction peut-être. Mais c’est aussi une manière de poser la question : qu’est-ce que l’on sauve quand tout s’effondre ?
Les mots de la photographe
« Dans El arte pesa más que nunca, je m’intéresse à un épisode oublié de la guerre civile Espagnole : celui du convoi d’oeuvres d’art organisé par le gouvernement républicain afin de protéger les principales oeuvres du patrimoine artistique espagnol des mains des franquistes. A travers une série d’archives appartenant à Ana Torres Llorens et retrouvées dans un grenier, je reconstitue le fil de cette histoire méconnue et oubliée afin de questionner le travail de la mémoire, du récit historique et de la place des femmes dans l’écriture de l’histoire.«