Photographe indépendante

Maïlys Vial

Maïlys Vial, alumni ETPA : « Il faut être une éponge et absorber tout ce que l’école peut donner »

Photographe et graphiste, Maïlys Vial, promotion 2021 de l’ETPA, s’est lancée à son compte avant de choisir, en novembre 2025, de se consacrer pleinement à ses projets. Entre photographie d’art, prestations pour les professionnels et première exposition, elle revient sur son parcours, les enseignements qui l’ont marquée, les difficultés rencontrées à la sortie de l’école et sa manière d’aborder aujourd’hui son métier. 

Se lancer à son compte et construire sa place 

Peux-tu te présenter et nous dire où tu en es aujourd’hui ? 

Cela fait quatre ans que je me suis officiellement mise à mon compte. Au départ, j’étais encore salariée dans une entreprise à Toulouse, où je faisais de la photo packshot. Ensuite, j’ai eu plusieurs petits contrats en CDD à côté. 

En novembre 2025, j’ai décidé de me consacrer à 100 % à mes projets et à mon activité. Je me suis aussi formée pour mieux comprendre comment gérer une société, mais aussi comment aller chercher des clients dans le milieu de la photographie. 

Aujourd’hui, je fais de la photographie d’art, notamment avec mon exposition, mais aussi de la prestation pour des professionnels. J’essaie de vivre de tout cela, en construisant progressivement mon activité. 

Une première exposition comme aboutissement 

Y a-t-il un projet dont tu es particulièrement fière aujourd’hui ? 

Ma première exposition, clairement. 

C’est quelque chose qui était à la fois inattendu et attendu. Quand j’étais à l’ETPA, c’était un peu un objectif : se dire qu’un jour, peut-être, on pourrait être exposé. Mais je n’y croyais pas forcément. 

À un moment, ma psy m’a encouragée à aller voir des centres, des lieux, à présenter mes projets. Elle m’a dit qu’il y aurait peut-être quelqu’un qui aurait envie d’en exposer un. Et c’est ce qui s’est passé. 

Ce projet, je l’avais commencé en deuxième année à l’ETPA. Le fait qu’il puisse aujourd’hui être exposé m’a redonné de l’élan. Il continue à faire son chemin, il touche des gens, et certaines personnes seraient intéressées pour le poursuivre ailleurs.

Les cours qui restent indispensables après l’école 

Quels enseignements ou quels professeurs t’ont particulièrement marquée à l’ETPA ? 

Il y a trois cours qui m’ont vraiment marquée, et que je trouve encore aujourd’hui indispensables dans ma carrière. 

D’abord, les cours de prise de vue en première année, notamment avec Redon. On y travaillait toute la technique photo, la maîtrise de la lumière de A à Z, les prises de vue avec les chambres photographiques. Quand on aime vraiment la photo, c’est fabuleux à pratiquer. 

Ensuite, en deuxième année, les cours de retouche photo, avec Fred si je me souviens bien. On apprenait tout ce qui concernait le laboratoire numérique, la retouche, le travail de l’image après la prise de vue. 

Enfin, il y avait les cours de technologie avec Stéphane. C’était très théorique et technique : il décortiquait un appareil, expliquait chaque élément, à quoi il servait, comment cela fonctionnait. 

Aujourd’hui, ces cours sont complètement indispensables dans mon métier. Ce sont ceux qui m’ont le plus marquée. Ils m’ont aussi différenciée d’autres photographes, parce qu’ils m’ont donné une base technique très solide. 

« Quand on sort de l’ETPA, on sait de quoi on parle » 

Selon toi, qu’est-ce qui permet de se démarquer dans la photographie ? 

Je pense d’abord que, quand on sort de l’ETPA, on sait de quoi on parle. On est vraiment des techniciens de la photo. Aujourd’hui, beaucoup de personnes se disent photographes, mais quand on a les mots justes, quand on parle vraiment technique, les lieux ou les interlocuteurs le sentent. 

Il y a aussi le regard. Pendant deux ans, on apprend à travailler le cadrage, la lumière, ce que l’on choisit de photographier. On ne déclenche pas au hasard. Tout est réfléchi. 

On apprend à construire une série, à construire un sujet, puis à le restituer en images. Et cela se voit. Pour moi, c’est ce qui fait une vraie différence.

Présenter son travail : retrouver les réflexes de l’école 

Comment as-tu présenté ton travail aux lieux que tu as démarchés ? 

Quand je suis allée présenter mon travail, on m’a demandé de venir avec des projets clés, des projets que j’aimais. Je suis donc revenue avec mes dossiers, notamment ceux que j’avais présentés à l’ETPA. 

J’avais trois dossiers photo, dont celui qui a finalement été exposé. Je les ai posés sur la table, je les ai détaillés, expliqués, défendus. J’ai vraiment eu l’impression de revivre la deuxième année, quand on présente ses projets. 

Ce n’était pas facile, mais c’était très proche de ce que l’on apprend à faire à l’école : présenter une sorte de lettre d’intention, expliquer pourquoi on a fait ce projet, quels sont les intérêts derrière, ce que l’on cherche à montrer. 

Dans la plupart des lieux, cela s’est passé de cette manière. Parfois, je n’avais pas l’intégralité du dossier en physique, donc je présentais aussi sur mobile. Mais l’idée restait la même : expliquer le projet, son intention et son sens. 

La sortie d’école et le choc du monde professionnel 

As-tu rencontré des difficultés à la sortie de l’école ? 

Oui, malheureusement. 

Quand on sort de l’école, on a un peu l’impression d’être maître du monde. Puis on retombe de haut. Le monde du travail est un monde difficile, parfois un monde de requins. 

On sort de l’ETPA avec une vraie force technique en tant que photographe. Mais pour tout ce qui concerne l’administratif, la création d’entreprise, la façon d’aller chercher des clients, de vendre ses projets ou de rentrer dans un studio, c’est plus compliqué. 

Le milieu est aussi assez bouché. Il faut trouver sa place. 

J’ai donc fait plusieurs petits boulots, toujours liés à la photographie. J’ai fait de la photo au filmage, de la photo scolaire, du packshot. Ce sont des métiers de la photo, mais pas forcément la photo que l’on imaginait au départ. Cela a été dur, mais je m’en suis sortie.

Je lui dirais de ne pas lâcher.  Travailler dans la photo, c’est possible. C’est dur, mais c’est possible. 

Même si faire du filmage, de la photo scolaire ou du packshot n’est pas forcément ce qui nous fait rêver au départ, ce sont des expériences très formatrices. Elles nous font énormément travailler. Elles permettent de vivre, de continuer à pratiquer, de rester dans la photo. 

Il ne faut pas mépriser ces métiers. Ce ne sont pas forcément les sommets de la photographie, mais ils peuvent apporter beaucoup pour la suite. 

Faire ressentir quelque chose au spectateur 

Pour toi, qu’est-ce qu’un travail réussi ? 

Pour moi, un travail est réussi quand j’arrive à faire ressentir au spectateur les émotions que je voulais transmettre. 

À travers mes photos, à travers le parcours que je construis, les thèmes que j’aborde, je veux que les gens repartent avec des questionnements, des débats, quelque chose qui bouge en eux. 

Je ne veux pas simplement montrer des photos accrochées à un mur. Je mets en scène les images pour qu’il se passe quelque chose. Quand j’entends les gens débattre, quand je vois que certains sujets remuent, que les photos ont une vie au-delà de leur présence sur le mur, là je me dis que j’ai réussi. 

Cela veut dire que j’ai réussi à transmettre ce que je voulais à travers mes images et mon travail. 

Un univers entre opposés 

Comment définirais-tu ton univers ? 

J’ai du mal à le résumer en une seule phrase, mais j’aime bien l’idée du yin et du yang. La vie et la mort, le sensible et le brut. 

J’aime avoir ce rapport aux opposés. C’est quelque chose qui revient dans mon travail : créer une tension entre deux pôles, ne pas rester dans une seule lecture. 

Je leur dirais d’écouter. 

J’ai intégré l’ETPA très jeune, juste après le lycée. J’avais à peine 18 ans, et j’étais quasiment la seule dans ce cas. Beaucoup de mes camarades étaient plus âgés et avaient déjà un autre bagage. 

Quand on arrive à l’ETPA, il faut accepter que l’on ne sait rien de la photo. Il faut arrêter de croire que l’on est déjà le meilleur du monde ou que l’on sait déjà faire des photos. 

Il faut mettre ses croyances à la poubelle et être une éponge. Absorber toute la connaissance, toutes les ressources que les professeurs peuvent donner. Ce sont des mines d’or. 

Pour moi, c’est vraiment le conseil principal : partir du principe que l’on ne sait pas encore faire de photo, et apprendre. 

L’IA, un outil plutôt qu’un remplacement 

As-tu vu des évolutions importantes dans le secteur de la photographie ? 

Oui, évidemment, avec l’arrivée de l’IA. 

Cela a créé de nouveaux usages et de nouveaux métiers. Mais je vois aussi un mouvement inverse : pour contrebalancer le tout-numérique et l’IA, beaucoup de personnes reviennent à l’argentique, aux anciens modèles, aux pratiques d’avant. 

Il y a donc une évolution dans les deux sens. 

Quelle est ta position sur l’IA ? 

Je ne suis pas contre. Je l’utilise. 

Je suis photographe, mais je ne suis pas retoucheuse. Je sais faire de la retouche, on me l’a appris, mais je n’ai pas voulu me spécialiser là-dedans. 

Donc si l’IA peut me faire gagner du temps, par exemple pour effacer certains éléments, je l’utilise. Pour moi, elle ne remplace pas mon métier. C’est un outil qui me permet d’être meilleure dans mon métier. 

Le quotidien d’une photographe indépendante 

À quoi ressemble ton quotidien aujourd’hui ? 

Comme je suis à la fois artiste, entrepreneuse, photographe et graphiste, il faut que je m’organise. 

Il y a toute une partie consacrée à la recherche de nouveaux clients, à l’administratif, aux problèmes à régler. L’administration, c’est vraiment le nerf de la guerre. 

Sur une journée type de shooting, il y a d’abord la prise de rendez-vous, puis le fait de clarifier avec la personne la direction à suivre pour les photos. Ensuite, je passe une matinée ou une journée avec le client, la personne, les produits, selon le projet. 

Quand je rentre, je fais tout de suite l’editing, tant que c’est encore à chaud. Puis je reviens dessus à froid, avant de passer à la retouche. 

Dans ma semaine, le lundi est souvent consacré à l’administratif. Plus on avance vers la fin de semaine, plus je vais vers la création, parce que les gens sont moins disponibles, et parce qu’on approche du week-end.

 

© Maïlys Vial

Dans cinq ans : Paris Photo, Arles et la transmission 

Où te vois-tu dans cinq ans ? 

Dans l’idéal, j’aimerais beaucoup être exposée à Paris Photo et à Arles. 

J’aimerais aussi être dans les jurys qui sélectionnent les projets exposés, les projets des éditions. J’aimerais être reconnue comme photographe professionnelle et pouvoir, à mon tour, participer à la sélection de projets. 

Revenir transmettre à l’ETPA 

Tu aimerais garder un lien avec l’école aujourd’hui ? 

Oui, complètement. 

Quand j’étais à l’ETPA, d’anciens élèves revenaient parfois faire des conférences. C’est quelque chose que j’aimerais beaucoup proposer à mon tour. 

Je serais ravie de me déplacer pour rencontrer les élèves en physique. J’aimerais vraiment transmettre aux étudiants, partager mon expérience avec eux et leur parler de mon parcours.

Pour découvrir davantage l’univers de Maïlys VIAL et suivre ses projets, rendez-vous sur son compte Instagram : @mailys_m_vial.