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À seulement 21 ans, Matthieu Robin s’impose déjà comme une voix émergente de la photographie contemporaine. Lauréat du Prix du Jury ETPA 2026, il développe une pratique centrée sur les transformations des territoires et les traces qu’elles laissent sur les paysages comme sur les populations. Un travail qu’il décrit comme « entre documentaire et expérimentation », où l’image cherche autant à documenter le réel qu’à en révéler les tensions et les mutations invisibles.

Du cinéma à la photographie : construire un regard narratif

Avant de devenir photographe, Matthieu Robin découvre d’abord le cinéma, qui joue un rôle fondateur dans sa manière de penser l’image. Ce sont les plans, la lumière et la composition qui attirent son attention, bien avant la photographie elle-même.

Il se souvient de cette fascination initiale pour la capacité d’un cadre à raconter seul une histoire, « la manière dont la lumière, le cadrage ou la composition d’un plan pouvaient raconter une histoire à eux seuls ». Peu à peu, cette attention à la narration visuelle le pousse vers la photographie, qu’il perçoit comme un prolongement naturel de cette recherche.

Ce passage ne relève pas d’un choix brutal mais d’une construction progressive. Plus il photographie, plus il découvre des travaux d’auteurs, des livres et des expositions qui nourrissent son regard. Jusqu’à comprendre clairement l’orientation qu’il souhaite donner à sa pratique : « j’ai alors compris que c’était cette manière de raconter le réel que je voulais développer à mon tour »

L’ETPA : passer de l’image au projet

L’entrée à l’ETPA marque un basculement décisif dans sa pratique. Là où il cherchait d’abord à produire des images isolées, il apprend à penser en termes de projets construits, cohérents et narratifs.

Il explique avoir changé de regard au fil des trois années, passant d’une logique esthétique à une véritable réflexion de fond : « en entrant à l’école, je cherchais avant tout à produire de belles images. Au fil des trois années, j’ai appris à construire des projets photographiques, à penser des ensembles cohérents plutôt que des images isolées ».

Ce changement s’accompagne d’une prise de conscience plus large sur la construction d’un travail photographique : la recherche, l’editing et la narration deviennent des éléments essentiels. Il insiste sur ce basculement en évoquant « l’importance de la recherche, de l’editing et de la narration, ainsi que toutes les questions qui structurent un projet ».

Parmi les expériences marquantes de sa formation, le workshop avec Jean-Christian Bourcart agit comme un véritable déclencheur. Il y découvre une approche plus intuitive et moins centrée sur la “bonne image”, qui transforme sa manière de travailler : « son approche m’a amené à m’éloigner de la recherche de l’image “réussie” pour me concentrer davantage sur l’intention et la construction d’un projet ». Une expérience fondatrice, qui lui permet surtout d’accepter que « un projet peut commencer sans certitude et se construire progressivement ».

Un prix comme étape et une pratique tournée vers les territoires

Le Prix du Jury de l’ETPA 2026 vient consacrer ce cheminement et marque un moment charnière dans son parcours. Pour lui, cette distinction représente avant tout une reconnaissance du travail accompli : « c’est une vraie reconnaissance du travail réalisé pendant ces trois années », explique-t-il, tout en voyant dans ce prix une impulsion pour la suite de sa pratique.

L’exposition au Labo Photon participe également à ce basculement, en confrontant pour la première fois son travail à un public extérieur à l’école. Un passage important, qu’il décrit comme « la première fois que ce travail sort du cadre de l’école », ouvrant la voie à de futures expositions.

Aujourd’hui, Matthieu Robin poursuit ses recherches autour de projets au long cours, notamment Matière brune, consacré aux échouements de sargasses en Martinique. Son travail s’inscrit dans une exploration plus large des transformations environnementales et des héritages laissés dans les paysages. Il poursuit ainsi la construction d’une pratique de photographe auteur, pensée dans le temps long, avec l’ambition de faire exister ses projets sous forme de livres et d’expositions.

Retrouvez l’ensemble de son travail sur son site : www.matthieurobin.fr